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L’internationalisation sans convertibilité du renminbi

Par Sopanha SA | Economiste Asie | 29/08/11

L’internationalisation du RMB est déjà à l’œuvre et son potentiel est élevé mais la perspective de convertibilité reste encore lointaine.

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Depuis trois ans, les autorités chinoises ont multiplié les initiatives pour internationaliser le Renminbi (RMB), qu’il s’agisse d’accords d’échanges de devises avec du RMB, de l’utilisation du RMB comme moyen de règlement des échanges extérieurs, ou du développement d’un centre off shore du RMB à Hong Kong. L’internationalisation du RMB est en marche mais la perspective de convertibilité reste encore lointaine.

L’approche des autorités chinoises est originale
L’approche chinoise est unique sur deux plans. En premier lieu, elle consiste à développer l’internationalisation du RMB à partir d’une place off-shore (Hong Kong). En second lieu, contrairement aux expériences passées de l’USD, du Deutschemark, et du Yen, la voie choisie est de développer l’internationalisation du RMB avant même sa convertibilité. La méthode est très prudente et gradualiste avec la mise en place de programmes « pilotes ».

La direction est claire : d’abord la régionalisation, puis l’internationalisation. Il s’agit avant tout de promouvoir le règlement en RMB des transactions commerciales et financières à partir de Hong Kong, qui sert déjà de plateforme aux exportations chinoises, et de développer ensuite d’autres places financières de la région (Singapour) comme centre off-shore du RMB.

L’internationalisation du RMB est déjà à l’œuvre et son potentiel est élevé…
C’ est au moment de la crise financière de 2008 que la Banque Centrale de Chine (People Bank of China, PBoC) a entériné une utilisation « officielle » du RMB en concluant une série d’accords bilatéraux d’échanges de devises avec des banques centrales, essentiellement asiatiques. Ces accords d’un montant total de 130 Mds d’USD permettaient à la Chine de payer ses importations en RMB et de pouvoir ensuite récupérer du RMB en paiement de ses exportations. L’échange international d’une devise non convertible devenait donc possible. Parallèlement aux accords bilatéraux d’échanges de devises, la Chine contribue à hauteur de 34 Mds d’USD à l’initiative « renforcée » de Chiang Mai de mai 2009, qui consiste en un accord régional d’échanges de devises entre les pays de l’ASEAN, la Chine, le Japon et la Corée du Sud.

C’est en 2009-2010 que la PBoC lancera plusieurs initiatives pour encourager l’utilisation du RMB par le secteur privé. En juillet 2009, un programme pilote fut lancé, autorisant la facturation en RMB des transactions commerciales de 5 villes chinoises avec Hong Kong, Macao, et les pays de l’ASEAN. En juin 2010, ce programme a été étendu à 20 provinces chinoises pour des transactions avec le reste du monde. L’utilisation du RMB comme monnaie de règlement des échanges extérieurs a fortement progressé : en avril 2011, les paiements transfrontaliers en RMB s’élevaient à 540 Mds de RMB concernant 5% des transactions totales contre 2,5% en 2010. Une grande partie de ce commerce libellé en RMB s’effectue avec Hong Kong et concerne des importations chinoises facturées en RMB auprès de fournisseurs étrangers.

Les mouvements d’internationalisation du RMB sont plus prudents sur les transactions financières. En août 2010, des institutions financières étrangères ont été autorisées à investir sur le marché interbancaire on-shore en étant toutefois soumises à certains quotas. En janvier 2011, la PBoC a lancé un programme pilote autorisant les entreprises chinoises à effectuer des investissements directs à l’étranger en RMB.

Les dépôts en RMB à Hong Kong ont rapidement progressé depuis juin 2010. En mai 2011, ils s’élevaient à 80 Mds d’USD, représentant 8% des dépôts bancaires à HK contre 1% en 2010. Ils sont notamment le fait d’entreprises engagées dans le règlement des transactions commerciales transfrontalières en RMB mais également de particuliers résidant à Hong Kong.

Outre son attrait comme instrument de placement/d’investissement à Hong Kong compte tenu de son potentiel d’appréciation, le RMB est également utilisé comme moyen de financement. Au premier semestre 2011, le montant des émissions d’obligations en CNH (RMB convertible à Hong Kong) émises à Hong Kong (appelées obligations « Dim Sum ») s’élevait à 9 Mds d’USD (contre 12 Mds en cumulé sur la période 2005-2010). Les émetteurs sont principalement des institutions financières : grandes banques publiques chinoises et banques commerciales hong kongaises avec une présence en Chine continentale. Par ailleurs, le Ministère des Finances chinois et des grandes sociétés étrangères (Mc Donalds et Caterpillar) ont émis sur ce marché. Les émetteurs d’obligations Dim-Sum désirent profiter des taux d’intérêt en CNH à Hong Kong plus faibles que les taux d’intérêt en RMB on-shore en Chine continentale. A terme, ils espèrent pouvoir utiliser le CNH pour investir sur les marchés de capitaux en RMB on-shore. Le lancement d’un mini-programme pour les « Investisseurs Institutionnels Étrangers Qualifiés », qui définirait un quota d’investissement en CNH sur les marchés financiers on-shore, a été plusieurs fois reporté par crainte des autorités chinoises d’attirer davantage de flux de capitaux spéculatifs de court-terme.

...mais l’absence de convertibilité limite l’internationalisation
A ce stade, les derniers développements montrent que l’utilisation « internationale » du RMB comme unité de compte et moyen de paiement est déjà un succès et que son potentiel est élevé du fait de l’intégration commerciale et financière croissante de la Chine dans l’économie mondiale. Pour autant, son utilisation comme instrument de réserve internationale de valeur reste limitée.

Le statut de monnaie de réserve est beaucoup plus long et plus difficile à atteindre. Il requiert que la monnaie soit détenue en quantité suffisamment importante dans les réserves de change des banques centrales étrangères et des institutions financières internationales. Cela nécessite donc une confiance dans les marchés financiers du pays émetteur et la convertibilité de la dite monnaie (libéralisation du compte de capital). Dans un premier temps, l’utilisation du RMB comme monnaie d’ancrage (éventuellement dans un panier de monnaies) par un pays de la région pourrait conduire des banques centrales à détenir du RMB dans leurs réserves de changes.

La convertibilité du RMB, qui sera l’étape ultime de l’internationalisation, reste donc un objectif de long terme. Le fait que les autorités chinoises veulent faire de Shanghai une place financière internationale à l’horizon 2020 peut laisser penser que c’est à cet horizon que la convertibilité du RMB aura lieu. D’autres analystes parlent plutôt d’un horizon plus lointain de 15 à 20 ans.

En avril 2009, Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la PBoC, avait suggéré que le Droit de Tirage Special (DTS) du FMI devienne une monnaie de réserve internationale. Il avait alors indiqué que le panier de devises composant le DTS devait être représentatif des grandes économies mondiales en termes de PIB, laissant sous-entendre l’intégration du RMB dans ce panier de monnaies. Pour cela, encore faudrait-il que le RMB soit convertible.