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La monnaie unique peut-elle détrôner le dollar ?

Par Véronique Riche-Flores | Chef economiste Europe | 02/03/09

La place de l’euro dans les réserves de change a fortement augmenté depuis dix ans. Peut-elle détrôner le dollar ?

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Il faut d’abord rappeler que l’euro tient déjà une place déjà prépondérante dans la hiérarchie monétaire mondiale et qu’il joue à armes égales avec la monnaie américaine dans plusieurs domaines.

C’est par exemple la première monnaie pour les émissions obligataires internationales depuis 2003 et il est tout de même utilisé comme monnaie de facturation pour plus d’un quart du commerce mondial. Cette montée en puissance de l’euro a conduit à ce qu’il y a aujourd’hui, malgré une prééminence du dollar, deux vraies grandes monnaies internationales, et non plus uniquement la monnaie américaine.

Concernant le point plus précis des réserves de change, l’euro ne nous semble pour autant pas appelé à remplacer, à court terme, le dollar comme monnaie de référence. Il y a pour commencer une très forte inertie dans l’allocation de ces réserves, et l’augmentation récente de la part de l’euro, qui a atteint 25 % au troisième trimestre 2008 (contre plus de 65 % pour le dollar) s’explique notamment par la dépréciation du dollar.

Par ailleurs, ces réserves sont généralement placées sur des actifs « sans risques » (de la dette souveraine de pays développés) et très liquides. Sur ce dernier point, l’euro pâtit de la fragmentation du marché de la dette souveraine dans l’UEM, où chaque État émet ses propres titres, avec pour conséquence une liquidité moindre que celle des titres émis par le Trésor américain, ce qui rend les titres européens moins attractifs.

Enfin, l’accumulation de réserves de change en euro n’est sans doute pas concevable aujourd’hui. La zone euro, contrairement aux États-Unis, a un solde courant structurellement proche de l’équilibre et n’a donc pas besoin de drainer l’épargne mondiale pour se financer. Toute hausse de la demande d’euros aurait pour conséquence une appréciation sensible de la devise européenne qui pénaliserait davantage nos exportateurs.