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Le marché du travail américain n’a jamais été aussi mal en point
Par Didier Borowski | Economiste SGAM | 25/09/09
Les espoirs d’un « rebond en V » accompagné d’une baisse rapide du chômage nous semblent beaucoup trop optimiste.
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En juillet, les destructions d’emplois ont été inférieures à ce qui était anticipé et le taux de chômage a diminué pour la première fois depuis 2008. Depuis lors, les enquêtes indiquant la fin de la récession se sont multipliées. Ces évolutions ont nourri les espoirs d’un « rebond en V » accompagné d’une baisse rapide du chômage. Cette analyse nous semble cependant beaucoup trop optimiste. L’économie américaine est sans doute déjà sortie de la récession au cours de l’été, et l’activité peut rebondir fortement d’ici la fin de l’année, dopée par des facteurs temporaires (plan de relance et cycle des stocks notamment). Toutefois, l’examen approfondi des statistiques de l’emploi montre que le marché du travail s’est en réalité dégradé sur la période récente. Les 6,7 millions de personnes qui ont perdu leur emploi depuis le début de la récession ne vont pas rapidement en retrouver un. Or la montée du chômage – en mettant sous pression les salaires d’une part, et les bilans bancaires d’autre part – fragilise la reprise.
Pas de stabilisation rapide du taux de chômage....
Le léger recul du taux de chômage enregistré en juillet (de 9,5% à 9,4%) provient de la baisse de la population active, qui elle-même s’explique par celle du taux d’activité (ratio de la population active sur la population en âge de travailler). Pour illustrer ce point, nous avons calculé ce qu’aurait été le niveau du taux de chômage si le taux d’activé était resté stable à son niveau de début de récession. Le taux de chômage ainsi corrigé aurait dépassé au mois de juillet le seuil symbolique de 10%. Or il s’avère que le taux d’activité sous-jacent à cette évaluation (66,0%) est peu élevé et se trouve inférieur à sa moyenne des 25 dernières années. De nombreux individus, découragés par les conditions économiques difficiles ne recherchent plus de travail et ne sont donc plus comptabilisés dans les statistiques de l’emploi. La baisse du taux de chômage enregistrée apparaît donc trompeuse.
D’autres indicateurs renforcent ce diagnostic. D’une part, le chômage de longue durée se développe rapidement : la durée moyenne de chômage n’a jamais été aussi élevée depuis la 2nde guerre mondiale. D’autre part, le temps partiel contraint pour des raisons économiques n’a jamais été aussi important. En définitive, il apparaît ainsi que le marché du travail américain n’a jamais été aussi mal en point. Pour l’heure, c’est le rythme des destructions d’emplois qui diminue mais rien n’indique encore une reprise des embauches. Or compte tenu de l’augmentation attendue de la population active, il faudrait 100 000 créations d’emploi mensuelles pour ne serait-ce que stabiliser durablement le taux de chômage ; un scénario très improbable avant la mi-2010.
…ce qui fragilisera la reprise
Les conséquences de la détérioration du marché du travail sont multiples. D’une part, on observe que les salaires ralentissent rapidement. Les rémunérations horaires ont baissé de 1,1% en rythme annualisé au 1er semestre, ce qui ne s’était jamais vu dans l’après-guerre. Or tant que le taux de chômage restera élevé, le pouvoir d’achat des ménages sera sous pression. L’examen des cycles passés enseigne certes que le chômage continue de s’accroître quelques temps après la fin d’une récession. Mais le cycle actuel se singularise notamment par la sévérité de la crise du crédit qui lui est associée. Or les saisies immobilières ont continué de monter au 2ème trimestre, y compris pour les ménages qui n’avaient pas connu d’incidents de paiement au préalable (les « prime »), ce qui s’explique en grande partie par la dégradation du marché du travail. Et avec la montée du chômage, les banques subissent la détérioration de la qualité de leur portefeuille de créances, ce qui freine leur distribution de nouveaux prêts. La toute dernière enquête trimestrielle réalisée par de la Fed sur les conditions de crédit des banques témoigne d’ailleurs que ces dernières ne se détendent que très lentement. Dans ce contexte, le rebond de l’activité nous apparaît fragile. Et afin d’éviter que l’économie ne retombe en récession, nul doute que la Fed préférera attendre une amélioration sur le front de l’emploi avant de commencer à remonter ses taux directeurs.










