
En matière d’inflation, deux facteurs qu’il convient absolument de distinguer, le cycle économique et les évolutions structurelles, sont susceptibles de modifier les tendances économiques à moyen terme. Compte tenu du niveau élevé des capacités inutilisées, le risque d’inflation aux Etats-Unis, en Europe et au Japon est selon nous assez faible. La situation est néanmoins différente s’agissant des grandes économies émergentes d’Asie et d’Amérique du Sud. Dans ces pays, les capacités excédentaires sont modérées et les signes inflationnistes commencent à apparaître. Par conséquent, nous prévoyons la persistance d’une inflation faible dans les économies du G4 sur la période 2010/2011, mais une accélération dans les pays émergents.
A moyen terme, l’économie mondiale va connaître des évolutions structurelles importantes. Rappelons que le ralentissement marqué de l’inflation qui a débuté dans les années 1980 a été le fruit de chocs positifs en matière d’offre (déréglementation, innovation financière, mondialisation, progrès technologiques, etc.) et d’un recentrage des politiques monétaires sur le ciblage d’inflation, dans le sillage de l’indépendance nouvelle obtenue par plusieurs banques centrales auprès de leurs autorités politiques.
Nous anticipons pour les prochaines années plusieurs chocs négatifs sur le plan de l’offre (durcissement de la réglementation financière, hausse des coûts liées aux changements climatiques, vieillissement des populations, etc.). Pour une demande donnée, cela aura pour effet de réduire la production et de tirer les prix à la baisse. En matière de politique économique, la mise en place d’une approche prudentielle plus globale en matière de stabilité financière, un dérapage potentiel des cibles d’inflation des banques centrales et le risque d’un retour de la discipline budgétaire afin de résorber la croissance insoutenable des dettes publiques, sont autant de facteurs susceptibles de créer un environnement potentiellement plus inflationniste.
Selon certains commentateurs, la hausse de l’inflation peut réduire la dette publique. Cette solution est-elle viable ?
L’inflation n’est pas une solution viable au problème de la dette publique, contrairement à une croissance plus vigoureuse et une baisse des dépenses publiques. Bien sûr, l’inflation peut améliorer la situation mais elle n’est pas sans contrepartie. Par quels mécanismes la hausse de l’inflation se répercuterait-elle sur la dette publique ? L’accélération de l’inflation augmenterait les revenus nominaux et les dépenses nominales. Si les dépenses (salaires des fonctionnaires, retraites, avantages sociaux, etc.) ne sont pas indexées sur l’inflation, cela induira une économie, mais les bénéficiaires de ces avantages en paieraient le prix ! Et deuxièmement, si les opérateurs mettent du temps à prendre en compte un contexte inflationniste, les gouvernements pourraient espérer une baisse des taux réels d’emprunt, cette fois-ci au détriment des investisseurs. En bref, l’inflation agit comme un impôt !








