La performance moyenne des matières premières ressort à près de 30% depuis le début de l’année. Ce rebond est d’autant plus remarquable qu’il est intervenu dans un contexte toujours dominé par une contraction de l’économie mondiale, sans aucun signe concret de redressement de la demande physique de matières premières. De fait, ce ne sont donc pas les consommateurs de matières premières qui sont à l’origine du rebond des cours mais bien les investisseurs. Compte tenu de la nature et de l’ampleur de la crise financière et économique, les investisseurs ont manifesté leur forte aversion pour le risque par une surpondération de leurs portefeuilles d’investissements en actifs dits « sans risque», soit le cash et les obligations d’Etats.
Ils ont conservé cette allocation d’actifs jusqu’à ce qu’ils soient convaincus que le pire était passé et que l’économie mondiale allait amorcer un redressement. Dès lors, ils ont rééquilibré leurs portefeuilles en repondérant les allocations sur les actifs à prime de risque, soit les actions, la dette des entreprises, les marchés émergents et les matières premières. Dans cette optique, le rebond des matières premières n’est pas de nature différente du rebond observé simultanément sur ces marchés au deuxième trimestre. Toutefois, quatre motivations ont pu inciter les investisseurs à revenir plus spécifiquement sur la classe d’actifs matières premières.
Les premiers signes d’une reprise économique imminente
Ces signes sont venus durant le deuxième trimestre avec ce que l’on a appelé les «bourgeons ». Il ne s’agit ni plus ni moins que d’indicateurs avancés de l’économie(en particulier, enquêtes d’opinions réalisées auprès de consommateurs, directeurs d’achats ou chefs d’entreprises) qui ont commencé à se retourner progressivement aux Etats-Unis d’abord, puis en Chine et en Europe. Dès le deuxième trimestre, alors qu’ils continuaient de considérer que la situation présente restait très déprimée, leurs anticipations quant aux mois suivants sont progressivement devenues de plus en plus positives: les acteurs économiques se sont appropriés les scénarios de reprise dite en «V».
Or, les matières premières sont également considérées comme des indicateurs avancés de l’économie simplement parce qu’elles sont le premier segment de la chaîne logistique industrielle. En toute logique, lorsque les industriels anticipent une amélioration de leur activité pour les prochains mois, ils reconstituent leurs stocks de matières premières avant même que la production industrielle ne se redresse. Cette fois-ci, les investisseurs ont eux-mêmes anticipé que les industriels devraient reconstituer ces stocks dans les mois à venir.
Les matières premières comme protection contre des risques inflationnistes
L’ampleur des déficits publics liée aux plans de relance de l’économie suscite des interrogations quant à la soutenabilité du service de la dette. Au-delà des mesures classiques que sont la hausse des impôts et la réduction des dépenses publiques, dont chacun connaît la difficulté de mise en œuvre, certains économistes ont évoqué la possibilité de laisser l’inflation progresser à un rythme plus soutenu pour éroder la valeur réelle du stock de dettes. Même si l’inflation ne se décide pas, compte tenu de la quantité impressionnante de liquidités qui a été injectée par les Banques centrales depuis le début de la récession, il suffirait sans doute de maintenir les taux directeurs au plus bas lorsque l’économie aura retrouvé une croissance positive pour que des tensions inflationnistes apparaissent. Dans cette hypothèse, cela signifierait pour les investisseurs institutionnels, en particulier les fonds de pension et les fonds souverains, que les banques centrales ne les protègeraient plus contre l’inflation. Ils devraient donc se couvrir par eux-mêmes en ayant recours aux instruments de marché (swaps d’inflation et obligations indexées) et selon la théorie économique, en constituant des positions sur les actifs réels, principalement l’immobilier et les matières premières. Même s’il est assez surprenant de voir ce débat sur l’inflation surgir si tôt dans le cycle économique alors que le risque de court terme reste résolument à la déflation, certains fonds de pension ont récemment accru leur allocation sur la classe d’actifs matières premières directement en raison de cette thématique sur l’inflation.
En conclusion, le rebond des matières premières au deuxième trimestre s’explique principalement par des anticipations de reprise économique et, de fait, ce rebond peut être considéré comme un indicateur avancé de cette reprise. Mais ce sont bien les investisseurs, et non les consommateurs physiques de matières premières, qui ont alimenté ce rebond des cours. Cette logique témoigne simplement du fait que, depuis 2005, les investisseurs jouent un rôle de plus en plus important dans le processus de formation des prix des matières premières, non pas en intégrant une composante purement spéculative, mais plutôt en intégrant une composante anticipative dans les cours au comptant.








